Kamakura

Le 6 août 2010

Comme pour encore de nombreuses fois, c’est le train qui me sert à quitter un endroit pour en découvrir un autre. Ce matin, j’attends beaucoup de cette journée à venir, qui va me faire vivre de la façon la plus traditionnelle possible au sein d’une famille japonaise et qui va marquer ma rencontre avec l’Océan Pacifique. Celle-là je l’attends depuis tout petit, comme quelque chose de lointain, mais de possible. Rien que son nom me plaisait, Pacifique. Parfois, je regardais dans le ciel noir de la nuit la Lune, et là je savais que je n’irai jamais, mais le Pacifique, ce n’était qu’une question de temps, et aujourd’hui, ce temps est arrivé, enfin…

Kamakura m’a plu dès la sortie de la gare, c’est une jolie petite station balnéaire, sans aucune prétention, écrasée par le soleil, et de suite, je sens poindre le regret de n’y passer qu’un tout petit jour. Vite donc je trouve ma base de retrait, la Kamakura Guesthouse.

C’est une jolie petite maison en bois qui a déjà une histoire, mais qui a été très bien rénovée l’année passée par un jeune couple qui a décidé d’en faire une maison ouverte aux étrangers. Il n’y a pas de serrure à là porte en bois coulissante, pas de volets aux fenêtres barrées par des moustiquaires, les sols sont en parquet ou en tatamis de paille. Le tintement des clochettes à vent est partout. Le tout est très dépouillé, zen, il n’y a que le minimum pour vivre bien. De bons futons pliés pour l’instant, une table basse et des coussins, une cheminée japonaise traditionnelle au sol, recouverte d’une plaque en été. Oh bien sûr, il y a tout le confort moderne: douche, cuisine électrique, toilettes occidentales, ordinateur connecté au Net mais c’est vraiment la tradition qui prédomine et c’est très bien comme ça. La maison et ses habitants ont l’air accueillant, mais ce n’est pas mon sujet de préoccupation pour le moment.

Je loue un très bon vélo, pour quelques yens et je songe en souriant à quel genre de vieux clou je louerai pour 4€50 à la journée en France. Ce vélo sera mon allié aujourd’hui pour gagner le temps que je n’ai pas à perdre. Taku me dit que le Daibustu « le grand Bouddha » est à 15 minutes et que l’océan est à 20 en suivant le même chemin.

J’irai donc voir Bouddha en premier. Cette statue assise là depuis le 13ème siècle, est un trésor national. Même pour un non bouddhiste, il se dégage de ce géant de bronze de plus de 11 mètres une impression de calme et de sérénité, et je reste, sans regret, bien plus longtemps que prévu…

J’enfourche à nouveau mon vélo et je suis mon chemin. Vous l’avez sans doute remarqué, mais on devine toujours l’arrivée de la mer, bien avant de la voir, à son odeur iodée de plus en plus forte à mesure qu’on se rapproche. Souvent les odeurs rappellent des souvenirs lointains et en pédalant, je me souviens… Je me souviens ma première fois avec la mer, j’étais tout petit et c’était la Méditerranée, je me souviens un peu plus tard les grandes plages sauvages des Landes et puis la Vendée, la Manche, la mer de Lybie.

Quelques tours de pédalier encore et je suis sur la plage de sable noir volcanique, une plage toute simple qui ne ressemble pas à celles de Tahiti, mais qui me plait tout de même. Quelques pas encore et je serai dans l’eau, mais je m’arrête un instant pour mieux goûter le plaisir de l’attente et pour fixer en moi ce souvenir nouveau. La contemplation de l’immensité de la Nature me fait toujours le même effet, elle me replace dans ce qui m’entoure et me refait comprendre à quel point le Monde est grand tout autour, et à quel point je suis tout petit. La dernière fois, c’était dans le Sahara.

Il y a deux sortes de gens qui arrivent sur une plage, ceux qui courent en hurlant pour être dans l’eau le plus vite possible et les autres. Voilà, maintenant j’y vais…

La nuit tombe vite au Japon, je dois me dépêcher car je veux assister au Bonbori Mastu (festival des lampions) qui a lieu au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu, pour marquer le début de l’automne dans le calendrier religieux. Ces centaines de lanternes peintes par des artistes de tous niveaux éclairées par la lumière fragile d’une bougie donnent aux allées entourant le temple une atmosphère onirique. Au centre du sanctuaire, les gens se rassemblent et s’assoient sur les marches du grand escalier, attirés par les premières notes de musique des tambours et des shamisens. Ils veulent assister à une représentation de danses Bon traditionnelles, moi aussi.

Il est 21 heures, une sirène sonne, c’est fini, tout le monde se lève et se disperse dans un silence et une rigueur tous à fait nippons et les lumières s’éteignent une à une, je rentre à la guesthouse.

Après mon arrivée de ce matin, plusieurs jeunes japonais et japonaises, qui fuient le temps d’un WE le boulot ou les études, sont arrivés d’Osaka, de Tokyo ou d’ailleurs et une fête se prépare. On s’assoit autour de la cheminée qui n’est pas allumée vu la chaleur qui fait encore, on boit du saké, on fait connaissance, on plaisante, presque tous parlent anglais. Au bout d’un moment, je suis surpris de les voir si exubérants, ouverts et plaisantins, et je leur demande s’ils se connaissent et leur dis que jusqu’à présent, en France, j’avais toujours vu des Japonais introvertis. Ils rient, et me disent qu’à l’étranger les Japonais sont perdus car individuellement ils se sentent très fragiles, plus encore dans une culture si différente de la leur. Ils ont toujours peur de déranger les autres et de faire des impairs et que non ils ne se connaissaient pas avant. Ils me disent aussi qu’ils sont étonnés de voir avec quelle facilité les étrangers arrivent à s ‘intégrer dans un groupe qu’ils ne connaissent pas.

Il est tard quand nous nous couchons, le futon est bon, un léger courant d’air enfin frais entre par les moustiquaires et parcourt la maison, dehors les grillons grillonnent plus faiblement maintenant, beaucoup d’images et de musique tournent un peu en moi, la nuit se fait un peu plus douce, je m’endors…

Laurent San, celui qui a rencontré le Pacifique.

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Un commentaire pour Kamakura

  1. Lorie Z & Jérôme S dit :

    誕生日おめでとう Laurent San !
    Ou, en français:
    Bonne fête Laurent San !

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