Fuji San

Les 18 et 19 août 2010

Aujourd’hui, je vais retourner dans le Kanto, destination Kawaguchiko au pied du mont Fuji. Mon voyage touche déjà presque à sa fin. Je passe donc une bonne partie de la journée dans les trains Super Express. Heureusement, les Shinkansens sont beaucoup plus agréables à vivre que leurs homologues français les TGV. Les sièges sont confortables, les accoudoirs sont très larges, il y a plus d’un mètre d’espace entre deux rangées de sièges. Cela me permet de dormir à mon aise et de sortir de ce long périple, de presque 850 km, sans être le moins du monde fatigué ni froissé.

Et cela vaut mieux ainsi, car cette nuit, j’ai prévu de me lancer dans l’ascension du mont Fuji.

Quand je sors de la gare, bien que très près, celui-ci se cache, entouré d’une brume très épaisse qui ne le quitte que très rarement en été. Je suis un peu déçu, car je sais qu’il est là.

Je m’installe rapidement à l’hôtel et me prépare pour cette épreuve qui va être éprouvante physiquement. J’enfile tout l’équipement que j’avais prévu avant de partir, et que je transporte dans ma valise depuis : anorak, polaire, sous-pull, chaussures de montagne, bâtons de marche télescopiques, gants, bonnet, trousse de premiers secours, lampe frontale. Cela peut paraître un peu excessif, mais c’est finalement bien léger quand on sait que le Fuji culmine à 3776 mètres d’altitude. La haute montagne ne pardonne pas grand chose aux imprudents.

C’est entièrement harnaché que j’arrive en ville sur les coups de 19 heures, je dois encore aller faire les courses de provisions avant de prendre la navette qui me conduira jusqu’à la station de départ de l’ascension.

Et là, en passant devant la gare, je suis surpris par l’imposante silhouette du volcan. Le voilà enfin, il se découvre, comme pour m’impressionner juste avant que je le défie. Seul son sommet est encore couronné de nuages. Si son ascension n’est pas très technique et ne nécessite aucun matériel d’escalade, ses pentes semblent quand même très raides.

A 21 heures, la navette démarre et me dépose à la station n°5, située à 2300m, une heure plus tard.

A présent, il fait nuit noire et c’est à l’aide de ma lampe frontale que je trouve le départ du sentier.

J’atteins la station n°6 au bout de 45 minutes, le sentier est raide, mais reste assez praticable dans le noir.

Ensuite, les choses se corsent un peu, je suis dans la pente, j’avance dans un mélange de cendres volcaniques et de basalte, cela rend la marche plus instable et moins rapide. La route à suivre est marquée par des pieux phosphorescents régulièrement espacés. Je vois, beaucoup plus haut, les lumières des stations refuges qui ponctuent le parcours jusqu’au sommet. Sur les versants, ici et là, de petits points lumineux marquent la présence d’autant de grimpeurs. Certains d’entre-eux touchent presque au but.

À 2700m j’arrive à la station 7, plus que 1000 mètres à grimper! Il y règne une certaine animation, de nombreuses personnes semblent faire une pause avant de repartir. Pour éviter de me retrouver coincé entre deux groupes, je préfère m’en aller immédiatement.

Les 3000m passés, je commence à ressentir des difficultés à respirer, mes muscles s’engourdissent un peu, l’oxygène est plus rare.

3250m ,voici la station n°8 et son refuge, je m’y arrête pour retrouver mon souffle et reprendre des forces. On dirait que j’ai eu raison de presser un peu le pas, plus bas, le long de la piste, des serpents de lumière progressent vers ici.

Un panneau, qui surgit dans le faisceau de ma lampe frontale, m’annonce que le plus dur est à venir. Il reste deux kilomètres avant d’arriver au sommet, et il est indiqué trois heures de marche. Un rapide calcul m’indique que je vais faire un peu moins de 700m à l’heure. En effet, même si dans le noir total, je ne vois pas ce qui m’entoure, je sens sous mes pieds que la pente s’intensifie encore et de plus en plus de cendres se dérobent sous moi.

À 3600m, voici la station 9, il n’y a pas de refuge, juste un panneau qui indique la route à suivre. Le sommet n’est plus qu’à 400 mètres, je peux voir les lumières des refuges. Elles me paraissent encore très lointaines et hautes. Marcher 400m sur un terrain plat, ce n’est rien, mais à cette altitude, où chaque pas est un effort, où le simple fait de respirer est fatiguant, c’est une distance énorme à parcourir.

Ici, il y a du monde, beaucoup trop de monde à mon goût! Plusieurs routes de randonnée qui démarrent de tout autour du volcan se rejoignent. Chacun veut arriver au sommet de la montagne sacrée en passant par le Tori. Il ne faut pas oublier que le Fuji San est un des sanctuaires religieux les plus importants du pays. On pourrait penser que peu importe le chemin, l’essentiel est d’arriver au sommet, mais pour les Japonais, cette escalade est un pèlerinage religieux et non pas une activité sportive.

La pente est devenue vraiment raide, mes muscles brûlent, j’ai le souffle court. J’ai un peu de mal rester concentré sur mes pensées et je perds un peu l’équilibre. Je pense avoir mis une bonne demie-heure pour finir les 100 derniers mètres. Il est 4h30 quand je passe le Tori.

Je m’installe et j’attends le plus confortablement possible dans le froid et le vent, le lever du soleil. Déjà, vers l’est, très loin au dessus du Pacifique, le ciel se teinte d’une lueur orangée. Bientôt, le disque rougeoyant se précise à l’horizon, un nouveau jour se lève sur le Monde, et nous sommes les premiers à en profiter. Le Japon est le premier pays, à l’exception de quelques îles, à entrer dans une nouvelle journée, la ligne de partage des heures est plus vers l’Est, dans le Pacifique.

Ce spectacle est sûrement le plus émouvant de ce voyage, il me rappelle les levers de soleil que j’ai vu du haut des dunes du Sahara. Je me lève et je le salue d’un geste qui doit remonter à l’aube de l’Humanité, les bras levés et les paumes des mains vers l’avant. Sa douce lumière m’irradie le visage. Tous mes efforts sont payés au centuple, c’est un moment que je n’oublierai jamais.

Une fois le jour là, je découvre avec stupeur l’altitude à laquelle je me trouve et que je n’avais que devinée jusque là. Ce n’est pas la première fois que je suis si haut sur une montagne, j’avais déjà escaladé le Grand Paradis (4061m) dans la vallée d’Aoste, mais le Fuji est isolé dans une plaine et cela renforce beaucoup cette impression.

Je passe une heure entière à regarder le paysage et m’approcher du cratère immense du volcan. Puis, il faut déjà se préparer à redescendre. Tous ceux qui vont en montagne le savent, la descente est toujours plus éprouvante que la montée, car elle fait travailler durement des muscles qui ne sont habituellement que peu sollicités. Et bien, la descente de 5 heures du Fuji, durant laquelle j’ai du lutter sans cesse pour ne pas glisser dans les poussières, a eu fini de dévorer les forces qui me restaient.

Laurent San, une petite lumière qui avance dans la nuit noire.

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Fuji San

  1. Pénélope dit :

    Bravo laurent San. Je suis tombée par hasard sur le blog en faisant des recherches sur le Japon. Vous avez un talent d’écriture on vie vos aventures avec vous.
    Pénélope de Québec.

  2. mislin céline dit :

    Jolie promenade ce soir pour moi entre les lignes de tes commentaires
    et les images qu’elles m’inspirent.
    Merci de partager tout cela
    Arigatoo,petite lumière

  3. mislin céline dit :


    masaru emoto

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s